Jean-Pierre Aubé | KLOUD.org | ENGLISH
 
La Presse

LP[2], jeudi 26 août 2004, p. LP212

EXPO Sonder la science

Delgado, Jérôme

 
  Dommage que le Centre des sciences ne fasse pas de place aux artistes scientifiques! Qu'à cela ne tienne, à quelques rues du vaste établissement du Vieux-Port, la Fonderie Darling fait cet été dans l'érudition scientifique avec deux expositions qui, sans bouder la poésie et le spectaculaire, raviront les épris de physique et d'électromagnétique. Juan Geuer, vénérable artiste âgé de 87 ans, présente trois oeuvres en apesanteur. De son côté, Jean-Pierre Aubé, fasciné par les champs électromagnétiques, propose une imposante installation sonore.

Natif des Pays-Bas, établi dans la jungle bolivienne puis au Canada depuis les années 50, Geuer ne se consacre entièrement à l'art que depuis 1980. Son travail, acclamé de par le monde, se démarque, du moins rue Ottawa, en imposant silence et observation. Water in Suspense, seule oeuvre ancienne (de 1999), décortique le lent mouvement d'une goutte d'eau par une projection murale de son ombre. Le principe est simple, le dispositif, fort complexe. Aussi raffiné, basé sur un jeu de miroirs et de lumière, Trap laisse voir les plus petites vibrations. Une allusion politique vient par contre alourdir un propos autrement magique. Enfin, Strange Attractor donne une belle métaphore des rapports humains à travers le balancier de deux pendules.

Save The Waves d'Aubé révèle aussi des choses autrement imperceptibles. Ce trentenaire, un jeunot à côté de l'autre, s'était déjà rendu dans les coins les plus reculés pour capter les signaux VLF (very low frequency) les plus purs. Pour son projet à la Fonderie, il a voulu faire le contraire: traduire en sons les ondes les plus polluées. Son installation, composée entre autres d'un lustre de haut-parleurs (notre photo), est à écouter les yeux fermés.